Revue de presse

Mardi 19 mai 2009

Edito paru dans le midi libre du 19 mai :

Les sondages aux européennes sont catastrophiques ? Pas de panique ! Les éléphants reviennent dans le magasin. Les courants se fondent dans le long fleuve pas si tranquille. Lorsque Mme Royal paraît, le cercle de la grande famille applaudit.
Écoutez Bartolone, le nouveau tonton flingueur d'Aubry. 
Regardez Jean-Louis Bianco, l'ambassadeur de charme de Ségolène.
Jusqu'à François Lamy, l'éminence grise de la rue Solferino, qui se frotte les mains...
C'est dire ! Décidément, l'intégration de l'incontrôlable socialiste à la campagne est vécue comme un soulagement. On croit rêver : la carte Royal deviendrait presque un atout maître dans le jeu du PS. Une chose est sûre, il devenait urgent d'afficher l'unité d'un parti en reconstruction. Et toujours lézardé. Mais les divergences sur la stratégie de campagne ne sont pas gommées pour autant. On prend le pari : la guerre des dames reprendra au lendemain du 7 juin. A l'heure des comptes. Et des règlements. Pour l'heure, Ségolène et Martine sont dans le même bateau européen. On ne sait pas encore laquelle tombera dans l'eau.

Par ELN
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Lundi 27 avril 2009

Article paru dans le Financial Times

Il semble que Nicolas Sarkozy se distingue de plus en plus par une seule qualité : sa capacité à agacer, non seulement ses compatriotes (qui le sanctionnent déjà sévèrement dans les sondages d'opinion), mais aussi ses alliés. Peut-être est-ce parce que le concept d'allié reste mal assimilé par l'égocentrique et hyperactif locataire de l'Elysée.


La semaine dernière, lors d'un déjeuner avec des parlementaires français, le président a ainsi déclaré que Barack Obama n'était "pas toujours au niveau" en matière de prise de décision, que le Premier Ministre espagnol José Luis Zapatero n'était "pas très intelligent" et que la chancelière allemande Angela Merkel n'avait "pas eu d'autre choix que de se rallier à (sa) position" lors du sommet du G20. Si Nicolas Sarkozy entend prendre l'habitude d'insulter les gens, nous devrions peut-être nous mettre à le juger à l'aune de ses insultes. Heureusement, contrairement à Berlusconi, on ne l'a pas entendu s'extasier sur le bronzage de Barack Obama. Et, si Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ne s'entendent pas comme larrons en foire, ce dernier a le bon goût de ne pas lui dispenser de massages des épaules comme le faisait Bush.

Certes, n'importe qui serait bien en peine de déloger Silvio Berlusconi de son trône de roi de la gaffe. "Parlons de football et de femmes" a ainsi déclaré le chef de l'Etat italien lors d'un sommet à Bruxelles, avant de se tourner vers Gerhard Schröder, marié quatre fois : "Gerhard, voulez-vous commencer ?" Berlusconi a aussi raillé Zapatero pour avoir nommé quatre femmes ministres : "Il l'aura cherché, il va avoir du mal à les gérer".

Nul doute donc que pour rivaliser avec lui, Nicolas Sarkozy doit jouer sur la finesse plus que sur la bouffonnerie. Il doit cesser d'utiliser la présidence française pour son divertissement et sa glorification personnels, et s'inspirer des grands maîtres du genre.

Dans un trait d'esprit aussi mordant qu'économe de moyens, l'écrivain Clement Freud, disparu tout récemment, avait surnommé Margaret Thatcher "Attila and the Hen" (jeu de mots entre Hun et Hen, "poule" en anglais). De George W. Bush on a dit qu'il était "né avec une bourde en argent dans la bouche". Nicolas Sarkozy doit impérativement monter en puissance ou on risquerait de dire de lui ce que Talleyrand disait de Chateaubriand : "Il croit qu'il devient sourd parce qu'il n'entend plus parler de lui".

Par ELN
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Lundi 27 avril 2009

Article paru dans The Times


Tous ceux qui pensent que seuls les filles et les homos peuvent être vaches auraient dû être à mon école quand le nouveau est arrivé. Il était grand, beau, intelligent et sportif ; les garçons se hérissèrent aussi vite que les filles fondirent. "Il n'est pas si beau que ça" cracha un ancien caïd.
Certains garçons ne grandissent jamais. Et ils se lancent dans la politique. Nul ne devrait s'étonner quand Damian Mc Bride et Derek Draper cherchent à faire chuter un rival en le salissant et en le critiquant, tout en faisant de l'autodérision sur leur propre comportement d'écolier.
Nicolas Sarkozy n'a pas cette excuse. Ce n'est pas un sous fifre quelconque, c'est un chef d'Etat. Il est censé diriger un pays. Ca ne l'a pas empêcher de se transformer en une espèce de sale petite princesse quand un nouveau président, plus grand, plus beau et plus populaire, est apparu.

Barack Obama ? "Pas à la hauteur en matière de décision et d'efficacité" murmure le président Sarkozy. "Il n'a jamais dirigé un ministère". Ce serait drôle si ce n'était pas aussi évident : Sarkozy a décidé de rabaisser un peu le nouveau. Et quelques autres aussi apparemment. José Luis Zapatero ? "Pas très intelligent". José Manuel Barroso ? "Totalement absent". Même la loyauté politique ne compte plus. Angela Merkel, qui a demandé comme lui un renforcement de la règlementation de la finance mondiale au sommet du G20 ? Tournée en ridicule, elle aussi, pour avoir selon Sarko pris le train français en marche une fois qu'elle eut compris l'état alarmant dans lequel était l'industrie allemande. Sarkozy est un traître, il vous sourit et vous fait des grâces tout en dissimulant un poignard qu'il est prêt à vous plonger dans le dos à la moindre occasion.

Il y a un dirigeant que "l'hyperprésident" prétend admirer : Silvio Berlusconi, malgré la série de gaffes que celui-ci ne cesse de commettre. Mais M. Berlusconi est un bouffon, pas une garce. Et, s'il avait une once de l'assurance de Berlusconi, Sarkozy n'aurait pas besoin de se répandre dans tous les coins en déversant sa bile à qui veut l'entendre comme un mini-Iago.
Rien ne montre que cette attitude le serve dans le pays. Selon un sondage publié, Jacques Chirac, son prédécesseur, a trente points d'avance sur lui en matière de popularité. Or il n'y a qu'une chose plus dangereuse qu'un nouveau président brillant, c'est un ancien président brillant. Surveille tes arrières Jacques.

Par ELN
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Vendredi 17 avril 2009

Barack Obama manque d'expérience, José Luis Zapatero "n'est peut-être pas très intelligent" et José Manuel Barroso brille surtout par son absence. Rapportées par Libération, les considérations assassines du président français, Nicolas Sarkozy, sur ses homologues, lors d'un déjeuner avec des parlementaires, ont déjà fait le tour de la presse internationale. L'Elysée a beau démentir, l'arrogance française a encore frappé.

On le connaissait "vantard", "hyperactif" et "familier", mais, cette fois, Nicolas Sarkozy "s'est surpassé", note le quotidien britannique The Guardian. En l'espace d'un déjeuner, "le président français s'est débrouillé pour rabaisser Barack Obama, traiter Angela Merkel avec condescendance et insulter" le premier ministre espagnol. Seul Silvio Berlusconi a été épargné. Et pour cause : à en croire Nicolas Sarkozy, "l'important dans la démocratie, c'est d'être réélu". Et "Berlusconi, il a été réélu trois fois."

"Deux fois seulement" corrige le New York Times. Rappelant "le goût de l'action" du chef de l'Etat, le quotidien américain se borne à un exposé acerbe des prétentions françaises. "Dans le monde de Sarko, le président Obama est faible, inexpérimenté et mal informé sur le changement climatique". C'est "la fin de la courte lune de miel franco-américaine", ironise The Times.

Côté espagnol, la polémique a rapidement pris de l'ampleur. A en croire El Pais, les démentis de l'Elysée n'ont pas convaincu. Beaucoup sont montés au créneau pour défendre le premier ministre socialiste. Même le vice-secrétaire de la communication du PP (Parti populaire, droite), Esteban Gonzalez Pons, s'est dit gêné. "Je ne me réjouis pas de ces déclarations, même s'il a parfois raison. Zapatero est notre chef d'Etat, c'est comme ça, s'il est attaqué, nous devons le défendre."

http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/04/17/sarkozy-l-arrogant-epingle-par-la-presse-internationale_1181842_823448.html

Par ELN
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Samedi 4 avril 2009

La plus rouge des socialistes dénonce les "violences faites aux salariés, invités à disparaître en silence". Et ne s'étonne pas de voir les patrons subir leur colère. François-Henri Pinault chahuté dans son taxi, des cadres de Caterpillar retenus par leurs employés, le voyage présidentiel à Châtellerault tournant à l'affrontement entre manifestants et policiers ? Ségolène Royal explique qu'on a raison de se révolter. De toutes les figures de la gauche de gouvernement, elle est la seule à frôler à ce point la ligne révolutionnaire. Elle que ses ennemis taxaient de crypto-centrisme est, en réalité, la plus rouge des socialistes: une femme en colère qui s'adresse à un pays en colère. Cette semaine, elle sera au Sénégal, pour affirmer son engagement pour les échanges Nord-Sud. Ségolène, admiratrice avouée des régulations scandinaves, qui cherche des solutions pour les salariés d'Heuliez et leur voiture électrique, sait aussi tenir le discours de la brûlure tiers-mondiste.

Quand vous avez vu des cadres de Caterpillar être retenus, vous avez eu de la sympathie pour eux?
Ce n'est pas agréable d'être retenu, et c'est illégal de priver quelqu'un de sa liberté de mouvement. Mais on ne les a ni brutalisés ni humiliés. Ceux qui sont fragilisés, piétinés et méprisés, ce sont les salariés à qui l'on ment, avant de les mettre à la porte. A Caterpillar, ils ont appris leur arrêt de mort sociale en lisant la presse ; et on s'étonnerait de leur réaction? Etonnons-nous plutôt de l'état du dialogue social dans notre pays!

Mais un meilleur dialogue social n'empêcherait pas la crise?
Le dialogue social est un facteur de réussite, y compris dans une crise. Dans les entreprises en difficulté, les employés sont les premiers concernés et souvent les plus lucides sur la situation et les solutions. A chaque crise, on apprend que les syndicats ont tiré la sonnette d'alarme à l'avance en vain. Si on les écoutait, si on anticipait les difficultés, on diminuerait le malheur... La question centrale est celle du mépris. Mépris pour des gens que l'on n'écoute pas, et que l'on bafoue, qu'on laisse suspendus dans l'incertitude, victimes de décisions prises hors d'eux, et qu'on aurait pu éviter.

Ce "mépris social", c'est un mal français?
Oui, mais il n'y a pas de fatalité. Aujourd'hui, je constate ce que fait le gouvernement, ou ce qu'il ne fait pas. Les pouvoirs publics sont trop souvent sourds et aveugles, hermétiques à ce que disent les salariés. Ni à Gandrange ni chez Heuliez, l'Etat n'a accepté de prendre en compte les solutions des syndicats... Les gens en pleurent...

Et ces pleurs nourrissent la violence?
Je ne suis ni une Cassandre ni Olivier Besancenot, je ne prédis ni ne souhaite une insurrection sociale. Mais je vois des révoltes, dans des entreprises, dans ces magasins où les gens se servent sans payer. Le point commun, c'est l'exigence de respect, exigence exacerbée après les révélations sur les abus de certains dirigeants... Il y a une délinquance de certains hyperprivilégiés; une manière de piller les ressources de sociétés qui licencient. Nous subissons un désordre inique; il y a une anarchie profonde du système...

Mais ça ne date pas d'aujourd'hui?
Oui, mais les injustices sont devenues encore plus insupportables. Parmi ceux qui ont été à l'origine de la crise, beaucoup sont aujourd'hui à l'abri. Pour beaucoup d'autres au contraire, la vie bascule, les salariés perdent leur emploi et n'en retrouvent pas, le chômage des jeunes et des seniors explose, des milliers de familles ne parviennent plus à payer leur loyer ou rembourser leur emprunt. Et comme le pouvoir ne met pas d'ordre dans ce désordre, tout est exacerbé...

Le gouvernement a pris un décret contre les stock-options, et il veut imposer des règles sur le partage du profit...
Les trois tiers? Où sont les textes de loi? Pourquoi attendre encore pour légiférer? Pour attiser les passions? Pour gagner du temps? Je crois que le Président commence à admettre qu'il va devoir porter le fer contre les privilèges de son clan, celui du Fouquet's... Ceux à qui il évite la pression fiscale; ceux pour lesquels il n'a pas changé réellement les règles des bonus, des stock-options. Ça ne tiendra pas éternellement.

Mais il s'en prend aux patrons, il dénonce certains comportements?
De manière malsaine! On a besoin de règles, pas d'une chasse à l'homme. Il faut réglementer pour empêcher les abus. Le Président ne le fait que marginalement. En revanche, il crée de nouvelles polémiques, il alimente une détestation générale des entrepreneurs. Or, on a besoin des entrepreneurs, de tous les entrepreneurs: le préjugé des petits contre les gros est stupide. Mais les entreprises doivent être cadrées, puisque les gens ne sont pas spontanément raisonnables. Vous connaissez la théorie du Medef selon laquelle la seule transparence suffira à créer des comportements vertueux? C'est le contraire: la transparence des rémunérations a provoqué une hausse des salaires patronaux, chacun voulant se payer autant que le voisin.

C'est l'avidité? La perte du sens moral?
Pourquoi qualifier un comportement que tout le monde peut juger? Est-ce normal? Non. Cela nuit-il à l'économie? Oui. Peut-on faire avancer une société avec de tels comportements? Non. Donc il faut agir. Mais il y a une mollesse du pouvoir, dès qu'il s'agit d'action...

La gauche, en son temps, n'a guère réformé le capitalisme!
Sans doute. Mais les tensions sociales n'étaient pas les mêmes. Et la gauche n'avait pas affaibli les services publics, tout ce qui cimente notre société et lui donne sa force de cohésion... Evidemment, si nous avions été tout le temps à la hauteur, il y aurait moins besoin de réformes aujourd'hui. Moi-même, lorsque j'étais ministre, j'ai échoué à imposer au gouvernement auquel j'appartenais une loi interdisant le crédit revolving, ce piège absolu du surendettement. Mais regretter le passé ne sert à rien. C'est maintenant que la crise fracture la société.

Mais le passé nourrit la méfiance populaire envers les gouvernants...
La confiance, elle, pâtit des abus, et des mensonges d'une campagne présidentielle sur le pouvoir d'achat, qui a donné une présidence au service des plus riches. Le pouvoir crée des tensions et des régressions, il est sourd et aveugle, et de plus en plus isolé. Je l'avais dit lors de la campagne, nous le constatons tous aujourd'hui. Le Président ne se déplace plus en province que protégé par des centaines de policiers et de gendarmes ! Si on veut rétablir la confiance, il faut prendre en compte les aspirations du peuple: que tout le monde contribue dans la difficulté ; que la politique ne soit pas faite pour une poignée de privilégiés...

C'est - encore une fois - une situation révolutionnaire? Ou le retour de la lutte des classes?
Quand on entend des élus de droite expliquer benoîtement que le bouclier fiscal protège les pauvres, on se croirait sous l'Ancien Régime! Alors, est-ce le retour de la lutte des classes? Peut-être. Ce que je sais, c'est que les luttes sociales existent plus que jamais. Longtemps, on a souffert en France de la faiblesse syndicale. La crise, la baisse du niveau de vie, l'injustice provoquent une prise de conscience et une réaction...

Vous avez peur de nouvelles violences?
J'ai peur que mon pays décline. Sans justice, nous n'aurons pas de paix sociale, ni de progrès... Vous savez, personne n'a envie d'aller au conflit violent; les Guadeloupéens du LKP auraient préféré avoir gain de cause tout de suite.

Selon vous, on est forcé de se révolter?
Les salariés doivent forcer le barrage de l'injustice absolue: ce discours dominant qui demande aux salariés de subir, et de disparaître en se taisant, d'être licenciés sans faire d'histoire ni de bruit... Je pense le contraire: depuis qu'ils sont médiatisés, les salariés d'Heuliez progressent, on ne peut plus les dénigrer. Ce qu'on appelle la révolte, c'est une réaction contre la violence qui s'exerce contre les salariés et contre le pays.


http://www.lejdd.fr/cmc/politique/200914/royal-on-se-croirait-sous-l-ancien-regime_199847.html

Par ELN
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Vendredi 3 avril 2009

Tribune de Ségolène Royal parue dans Libération du 3 avril 2009

« Du vent de révolte qui balaye le monde universitaire, on retiendra peut-être d’abord un symbole : la réhabilitation ironique, jubilatoire et nécessaire de la Princesse de Clèves, livre de ralliement des humanités en danger, devenu le fer de lance d’une certaine idée de la culture, gratuite et abstraite du court-terme.

Mais au delà, le front inédit qui s’est constitué, de la droite à la gauche, sonne le glas d’un mode de gouvernement injuste et inefficace. L’alliance du mépris et de l’incompréhension aura été à l’origine d’un conflit dont tout montre qu’il aurait pu, comme bien d’autres d’ailleurs, être évité. Car s’il y a un côté pile de l’enseignement supérieur et de la recherche en France (des étudiants de plus en plus mobiles, une attractivité réelle, liée au succès de filières de formation internationalement reconnues, des prix prestigieux remis à des équipes à la pointe de leur discipline), tout le monde admet aussi l’existence d’un côté face : une France classée loin derrière les Etats-Unis, le Royaume Uni ou les pays Scandinaves dans les classements internationaux, des moyens inadaptés à l’ambition affichée, une profonde dissémination des options et des cursus, un échec massif en premier cycle.

Oui, le besoin de réformes est d’autant plus grand que des études récentes, notamment celle réalisée par Philippe Aghion pour l’institut Bruegel, confirment le lien entre enseignement supérieur et recherche d’un côté, croissance et innovation de l’autre. Tout montre que trois conditions sont nécessaires pour assurer de bonnes performances universitaires : des moyens financiers adéquats ; une gouvernance conçue autour d’universités autonomes et disposant de la liberté de choisir leurs enseignants ; un système de bourses pour encourager les meilleurs projets individuels ou collectifs. Ce diagnostic est aujourd’hui largement partagé. Enseignants-chercheurs, professeurs des universités et maîtres de conférences, étudiants et parents, personnel administratif des universités : tous sont lucides sur les forces et les carences de notre système supérieur, tous aspirent à sa mise en mouvement autour de réformes justes et nécessaires. Mais ils attendent pour cela de l’impartialité dans les diagnostics, du respect dans le dialogue, de la justice dans les décisions. Par-dessus tout, ils souhaitent ardemment que le savoir et la recherche soit reconnus comme des biens publics, dégagés des contraintes propres au monde de l’entreprise.

C’est hélas une ligne diamétralement opposée qui a été tracée.

Avec la loi dite LRU, on a accordé l’autonomie de gestion à des universités en voie de profonde paupérisation, organisant ainsi, à rebours d’une saine émulation, une véritable « normalisation par le bas ». Surtout, l’autonomie elle-même a été mal conçue : elle a consisté à concentrer les pouvoirs entre les mains de présidents d'université élus par les seuls professeurs, sans prévoir les contrôles externes indispensables. Un rapport récent dénonce précisément la confusion entre autonomie et « self-governance », cette dernière présentant un risque élevé de collusion entre le président et des professeurs choisis par lui. La suite de l’histoire était écrite.

Dans le sillage de la loi LRU, on a voulu instaurer une modulation de services confiant aux présidents d’université la responsabilité de gérer la pénurie de moyens et d’effectifs...

Transformer l'enseignement en punition pour chercheurs jugés peu productifs et compenser ainsi la diminution des effectifs, il fallait y penser ! Le mépris pour la transmission du savoir, les contre-vérités sur l’absence d’évaluation, tout indique la volonté de mettre au pas un monde où se forgent encore des esprits libres. Le coup de grâce donné aux IUFM, dont nul ne contestait la nécessaire évolution, en est le signe : derrière l’économie budgétaire, c’est un apprentissage fondamental que l’on supprime, comme si un master suffisait à former un professeur.

Oui, l’occasion de remettre l’université au cœur de notre enseignement supérieur a donc été manquée, mais rien aujourd’hui ne serait pire que de l’abandonner à son sort. Marginalisée depuis trop longtemps, elle attend qu’on la sorte enfin de son purgatoire. Du travail mené pendant plusieurs mois avec des universitaires et des étudiants, des déplacements effectués en France et à l’étranger, je retiens trois grands chantiers pour l’avenir :

- Mettre fin à l’extrême fragmentation du supérieur en France, source d’inégalités entre étudiants et d’inefficacité budgétaire. Face à la concurrence de classes préparatoires et de grandes écoles dotées de moyens incomparables (songeons que l’on dépense chaque année 6000 euros pour un étudiant contre 20 000 euros pour un préparationnaire), l'université ne devient pour beaucoup qu’un second choix. Mais ce cloisonnement ne profite même plus aux élèves en écoles, ces dernières étant trop petites pour bénéficier d’une aura mondiale. Le rattachement progressif des classes préparatoires et des écoles à l’université pourrait être le moyen de créer des centres universitaires dotés d’une taille critique suffisante.

- Assurer une pluridisciplinarité salutaire, notamment dans le premier cycle. La fragmentation n’est pas seulement institutionnelle, elle est aussi académique : à moins de vingt ans, les étudiants sont contraints de choisir une fois pour toutes quelle sera leur voie. Nous devons au contraire leur assurer un enseignement large, ouvert, qui transcende les divisions sectorielles. Ceci, afin que le premier cycle universitaire devienne le moment de l’ouverture d’esprit, de la découverte des savoirs et de la multiplication des compétences qu’il devrait être. C’est ce que souhaitent les étudiants, mais aussi leurs futurs employeurs.

- Combiner une augmentation des moyens, une autonomie véritable et un système d’évaluation collective. Pour nous hisser au niveau des pays scandinaves, une hausse d’environ 0.7% des dépenses en faveur du supérieur est indispensable. Elle seule permettra d’améliorer le taux d’encadrement et donc la réussite des étudiants, deux sur trois échouant aujourd’hui en premier cycle. Il faut ensuite octroyer une véritable autonomie aux universités, sans oublier les contrepouvoirs nécessaires pour évaluer et nommer les présidents d’universités. Enfin, un système d’évaluation collective des performances universitaires pourrait être créé, comme c’est le cas en Suède. Au terme d’un processus d’évaluation par les pairs, seraient alors récompensées les bonnes performances de recherche des départements, la qualité des enseignements et l’employabilité des étudiants formés.
Nous devons à nos étudiants des universités qui soient les véritables centres de gravité du savoir et de la culture.
Mais ce changement ne pourra se faire sans un climat de confiance et de respect envers tous les acteurs du monde universitaire. Espérons que le gouvernement le comprenne enfin, méditant la parole de sagesse que Marguerite Yourcenar prête à l’empereur Hadrien : « Si je méprisais les hommes, je n’aurais aucun droit, ni aucune raison, d’essayer de les gouverner. » »

Ségolène Royal

Par ELN
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Ma vie en Sarkozie

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